Nos disques

1. Communion d'introduction

2. Invitatoire des Matines

3. Hymne des Matines, fêtes des Anges gardiens

4. Répons des Matines (Vendredi Saint)

5. Antienne des Laudes (Noël)

6. Hymne des Laudes

7. Antienne des Laudes (fête de la Dédicace)

8. Hymne de Prime (commun)

9. Introït (Pâques)

10. Graduel

11. Alleluia (Pâques)

12. Offertoire

13. Communion

14. Hymne des Vêpres (Sts Pierre et Paul)

15. Antienne des Vêpres

16. Hymne des Complies (commun)

17. Antienne des Complies (après la Pentecôte)

18. Communion de conclusion

19.

Cantate Domino

Regem Angelorum

Custodes hominum

 Tenebræ factæ sunt

Genuit puerpera Regem

Ecce jam noctis

Zachæe

Jam lucis orto sidere

Resurrexi

Dirigatur

Pascha nostrum

Lauda anima mea

Videns Dominus

Aurea luce

Montes Gelboe

Te lucis ante terminum

Salve Regina

Passer

Cloche de Saint-Hilaire-du-Bois

Saint Jean

© Médiathèque d’Épernay. MS 1. Évangéliaire d’Ebbon.

Aurea Luce - Cantus gregorianus

Cantate Domino

En introduction à cet enregistrement, nous avons choisi une antienne particulièrement topique : l’Église nous y appelle à chanter la gloire du Seigneur, et elle le fait en chantant. Dans cette antienne, la musique elle-même exprime à merveille que le chant est le langage naturel de la louange divine et de l’action de grâces adressée au Sauveur. Nous y voyons comme une charte du chant liturgique et de la mission des chantres, et une lumière pour l’intelligence du chant grégorien.

L’allégresse pascale l’anime d’un bout à l’autre, avec des expressions de tendresse (comme sur Domino) et, peut-être aussi, une légère nuance de nostalgie (mélancolie ?) assez fréquente en 2e mode. Encore qu’il apparaisse avec évidence qu’une telle composition dépasse le cadre d’un seul mode de l’octoéchos : la structure de l’ensemble est une montée progressive et enthousiaste de la mélodie vers la quinte au-dessus de la tonique, avec des retours au grave qui lui donnent un caractère de noblesse et de majesté.

Observer les accents joyeux au levé des deux cantáte et de benedícite. Admirer le « triple balancement ternaire-binaire » de salutare ejus (Dom Gajard). Les deux alleluia finaux résonnent comme une acclamation et une conclusion des dimanches du temps pascal.

Regem Angelorum

Le cycle quotidien liturgique s’ouvre par le chant de l’Invitatoire, au nom exactement adapté à sa fonction, car il invite à venir adorer le Seigneur. Des pierres précieuses sont à découvrir dans le répertoire de ces chants, tel cet extraordinaire Regem angelorum de la fête de saint Michel.

Très heureusement restauré dans le Liber Hymnarius de 1983, il apparaît d’une exceptionnelle beauté et d’une admirable structure de composition. Il est catalogué en troisième mode, mais, du fait que la classification en 8 modes a forcé des chants d’étymologies modales très différentes à entrer sous cette étiquette unique, seule l’observation objective révèle l’architecture musicale de l’antienne et des versets : nous avons affaire ici à un mode centré sur la tierce sol-si, le si étant corde de récitation principale, avec des attractions vers le do à l’aigu, une corde secondaire sur la et des finales sur mi. Un jeu complexe de cadences intermédiaires sur les trois sons de la tierce sol-la-si apparaît dans le verset.

Observer la richesse mélodique de l’antienne dans la délicieuse montée de angelorum, dans le développement très original sur le mot Dominum, et dans le contraste créé par le mot venite dont la mélodie, d’une grande solidité de structure, ne s’appuie sur aucune des notes architecturales du type modal, sauf à sa cadence en sol, qui appelle la conclusion en mi de adoremus, lui-même empli de tant de bonheur et d’amour.

Dès le seuil du jour liturgique, le chant nous donne ainsi le ton : il s’envole vers la Beauté intemporelle, chantant, plein d’amour et de contemplation, la louange joyeuse à Dieu notre Sauveur, tout attentif à sa parole et le regard tourné vers le ciel.

Custodes hominum

Le texte de cette hymne est, sans doute, assez moderne (il est souvent attribué à saint Robert Bellarmin) et est écrit en vers métriques (il s’agit de strophes asclépiades). La version mélodique chantée ici, tirée de l’Antiphonaire cistercien, comporte quelques différences musicales par rapport au romain, qui achèvent le beau balancement rythmique et sont particulièrement en harmonie avec le style verbal latin. Elle a été classée sous le troisième mode, comme le chant précédent, mais il n’est pas difficile de constater que sa structure modale est très différente : son axe central est le la, avec un pôle d’attraction forte au do aigu, et avec un sol pivot entre le la et le mi cadentiel.

La mélodie de cette hymne est difficile à qualifier en quelques mots : sans doute, est-ce lié à son adéquation avec le caractère si particulier du rôle des anges dans l’histoire des hommes et la vie de chacun. C’est tout à la fois, une louange magnanime aux anges gardiens, une action de grâces joyeuse pour leur assistance, une supplication confiante pour obtenir leur secours. La musique s’y déploie selon une architecture noble, ferme et radieuse, mais, en même temps, dans un climat d’humilité, de douceur familière comme l’est notre relation avec nos anges gardiens, et de simplicité comme l’esprit d’enfance auquel le Seigneur nous invite dans son Évangile.

Tenebræ factæ sunt (Répons des Matines du Vendredi-Saint)

Chaque nocturne de l’Office de nuit comporte deux parties : l’une consacrée à la psalmodie, l’autre à des lectures qui alternent avec des répons – ainsi appelés parce qu’à des versets confiés à quelques chantres, répondent des refrains chantés par tous).

Les répons des Ténèbres (ainsi dénomme-t-on les Offices de nuit des trois derniers jours de la Semaine Sainte) sont des compositions largement développées qui comptent parmi les plus expressives et les plus belles du chant grégorien, d’une très grande profondeur de contemplation, de compassion, de reconnaissance et d’amour. En eux, « il y a une telle concordance de la mélodie et du texte, une telle adaptation de l’un et de l’autre au mystère qui remplit tous ces jours, que les paroles [de commentaire] sont inutiles : il n’est vraiment besoin que de regard » (Dom Gajard).

Le plus célèbre d’entre eux, Tenebræ factæ sunt, est une œuvre tragique accomplie, qui nous raconte la mort du Christ en trois tableaux :

D’abord, par une mélodie angoissée, narration des ténèbres qui envahissent la terre au moment de la crucifixion ; puis, le chant devient de plus en plus tourmenté pour annoncer le cri du Christ crucifié.

Alors, c’est ce grand cri attaqué sur le ré aigu, suivi d’une montée immédiate au sol supérieur, tout à l’aigu du mode : cri dramatique du Fils de Dieu abandonné même de son Père parce qu’ « il s’est fait péché pour nous ». Et puis, c’est la question posée à son Père, en un chant si angoissé et si aimant à la fois, en particulier par ce posé final sur le demi-ton do-si, qui reste comme en suspens.

Ce grand cri, lancé au cœur de ce répons, lui-même placé en position médiane parmi les répons du Vendredi-Saint, qui est le jour milieu du Triduum, apparaît vraiment (avec l’autre cri, chanté dans le verset : Pater in manus tuas commendo spiritum meum) comme le point central des Offices des Ténèbres : tout comme il est l’axe et la cime de toute la Passion.

Ensuite, après un grand silence, c’est le troisième tableau, en grand contraste avec ce qui précède, encore accentué par le triton : d’abord, l’extraordinaire mélodie de et inclinato capite dont le mouvement est comme celui de la tête du Christ qui paisiblement s’incline ; puis emisit spiritum, si chargé de peine (car c’est le Bien-Aimé qui meurt) et de noble volonté divine (car personne ne Lui ôte la vie, c’est Lui-même qui la donne). « Il est mort, et son dernier soupir a été un soupir d’amour pour les hommes. » (Bossuet)

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